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Benoît XVI répond  à des questions de téléspectateurs

 

À l’occasion du Vendredi saint, Benoît XVI a exceptionnellement accueilli une équipe de télévision dans ses appartements. Dans cet entretien diffusé le 22 avril 2011, mais enregistré une semaine plus tôt, il répondu à sept questions parmi les quelque 2000 envoyées par des téléspectateurs de la télévision italienne "RAI Uno".

L’interview sans précédent de Benoît XVI
Question
: "Je m’appelle Elena, je suis Japonaise et j’ai 7 ans. J’ai très peur, car la maison dans laquelle je me sentais en sécurité a tremblé, énormément, et beaucoup d’enfants de mon âge sont morts. Je ne peux pas aller jouer au parc. Je vous demande: pourquoi dois-je avoir si peur? Pourquoi les enfants doivent-ils être si tristes? Je demande au pape qui parle avec Dieu de me l’expliquer."

Réponse: "Chère Elena, moi aussi je me pose les mêmes questions. Pourquoi devez-vous tant souffrir, alors que d’autres vivent aisément? Nous n’avons pas les réponses, mais nous savons que Jésus a souffert comme vous, innocent, que le vrai Dieu qui se montre en Jésus est à vos côtés. Cela me semble très important, même si nous n’avons pas de réponse et si la tristesse demeure: Dieu est à vos côtés et vous pouvez être certains que cela vous aidera. Et un jour, nous comprendrons pourquoi il en était ainsi.

Pour le moment, il me semble important que vous sachiez: "Dieu m’aime, même s’il semble ne pas me connaître. Non, il m’aime, il est à mes côtés". Et vous devez être sûrs que dans le monde, dans l’univers, beaucoup sont avec vous, pensent à vous, font le maximum pour vous, pour vous aider. Et soyez conscients qu’un jour, vous comprendrez que cette souffrance n’était pas vide, n’était pas vaine, mais que, derrière elle, il y a un bon projet, un projet d’amour. Ce n’est pas par hasard.

Sois sûre que nous sommes avec toi et avec tous les enfants japonais qui souffrent, que nous voulons vous aider par la prière et par nos actes, et soyez sûrs que Dieu vous aide. Et c’est pourquoi nous prions ensemble pour que la lumière vous éclaire au plus vite."

Question: "L’âme de mon fils Francesco, qui est dans un état végétatif depuis le jour de Pâques 2009, a-t-elle abandonné son corps, vu qu’il n’est plus conscient. Est-elle encore en lui?" (Maria Teresa, maman italienne)

Réponse: "Bien sûr, son âme est encore présente dans son corps. La situation est un peu celle d’une guitare dont les cordes sont détruites et ne peuvent plus vibrer. L’instrument qu’est le corps est lui aussi fragile, il est vulnérable, et l’âme ne peut vibrer, pour ainsi dire, mais elle est bien présente. Je suis aussi certain que cette âme cachée ressent en profondeur votre amour, même si elle n’en comprend pas les détails, les paroles, etc.

Et c’est pourquoi votre présence, chers parents, chère maman, près de lui, chaque jour, durant des heures, est un véritable acte d’amour de grande valeur, parce que cette présence entre dans la profondeur de cette âme cachée et votre acte est ainsi également un témoignage de foi en Dieu, de foi en l’Homme, de foi, disons, d’engagement pour la vie, de respect pour la vie humaine, y compris dans les situations les plus tristes. Je vous encourage donc à continuer, sachant que vous rendez un grand service à l’humanité par ce geste de confiance, par ce signe de respect de la vie, par cet amour pour un corps déchiré, une âme souffrante."

Question: "Nous, les chrétiens de Bagdad, avons été persécutés comme Jésus. Selon vous, de quelle façon pouvons-nous aider notre communauté chrétienne à reconsidérer son souhait d’émigrer dans d’autres pays, en la convaincant que partir n’est pas la seule solution?" (De jeunes irakiens)

Réponse: "Je voudrais, avant tout, saluer tous les chrétiens d’Irak, nos frères, pour qui je prie chaque jour. Ce sont nos frères souffrants, comme dans d’autres endroits du monde aussi, et ils sont donc particulièrement chers à notre cœur. Nous devons faire tout notre possible pour qu’ils puissent rester, pour qu’ils puissent résister à la tentation de migrer, qui est très compréhensible vu les conditions dans lesquelles ils vivent. Il est important que nous soyons proches de vous, chers frères d’Irak. Nous voulons vous aider, même quand vous venez chez nous, et vous recevoir réellement comme des frères.

Les institutions, tous ceux qui ont réellement la possibilité de faire quelque chose en Irak pour vous, doivent le faire. Le Saint-Siège est en contact permanent avec les différentes communautés, pas seulement avec les communautés catholiques, mais aussi avec les autres communautés chrétiennes, et avec nos frères musulmans, qu’ils soient chiites ou sunnites.

Nous voulons faire un travail de réconciliation, de compréhension, également avec le gouvernement, pour l’aider dans ce chemin difficile de recomposer une société déchirée. Parce que le problème est là: la société est profondément divisée, déchirée et il n’y a plus cette conscience d’être, dans la diversité, un peuple avec une histoire commune, et où chacun a sa place. Ils doivent reconstruire cette conscience que, dans la diversité, ils ont une histoire en commun, une détermination commune.

Nous voulons, par le dialogue, avec les différents groupes, aider le processus de reconstruction et vous encourager, chers frères chrétiens d’Irak, à avoir confiance, à être patients, à avoir confiance en Dieu et à collaborer dans ce processus difficile. Soyez assurés de notre prière."

Question: "En Côte-d’Ivoire, nous avons toujours vécu en harmonie entre chrétiens et musulmans. Les familles sont souvent formées de membres des deux religions. Il existe aussi une diversité d’ethnies, mais nous n’avons jamais eu de problèmes. Aujourd’hui, tout a changé: la crise que nous vivons, à cause de la politique, sème la division. Combien d’innocents ont perdu la vie! Combien de réfugiés, combien de mamans et combien d’enfants traumatisés! Les messagers ont exhorté à la paix, les prophètes ont exhorté à la paix. Jésus est un homme de paix. Vous, en tant qu’ambassadeur de Jésus, que conseilleriez-vous pour notre pays?" (Bintù, musulmane de Côte-d’Ivoire)

Réponse: "J’ai reçu des lettres déchirantes de Côte d’Ivoire, qui rendent compte de toute la tristesse, de la profondeur de la souffrance. Je suis attristé que nous puissions faire si peu. Nous pouvons toujours faire une chose: être en union de prière avec vous et, dans la mesure du possible, agir dans la charité.

Nous voulons surtout encourager, autant qu’il est possible, les contacts politiques et humains. J’ai chargé le cardinal Turkson, qui est président de notre Conseil Justice et Paix, d’aller en Côte-d’Ivoire et de chercher à servir de médiateur, de parler avec les différents groupes, avec les différentes personnes pour encourager un nouveau départ. Nous voulons surtout faire entendre la voix de Jésus, auquel vous aussi vous croyez comme prophète. Il a toujours été l’homme de la paix. On pouvait s’attendre, lors de la venue de Dieu sur terre, à ce qu’il s’agisse d’un homme d’une grande force, qui détruise les puissances adverses, qu’il soit un homme de grande violence pour établir la paix. Rien de cela en fait. Il est venu faible avec la seule force de l’amour, totalement sans violence jusqu’à se laisser crucifier. Voilà le vrai visage de Dieu. La violence ne vient jamais de Dieu, elle n’aide jamais à faire de bonnes choses, elle est un moyen destructeur et ne constitue pas un chemin pour sortir des difficultés. Il est donc une forte voix contre tout type de violence.

J’invite fortement toutes les parties à renoncer à la violence et à chercher les chemins de la paix. Vous ne contribuerez pas à la recomposition de votre peuple par la violence, même si vous pensez avoir raison. La seule voie est de renoncer à la violence, de reprendre le dialogue et de tenter de trouver ensemble la paix, avec une nouvelle attention de l’un pour l’autre, avec une nouvelle disponibilité à s’ouvrir l’un à l’autre. Et cela est le vrai message de Jésus: chercher la paix par les moyens de la paix et cesser la violence. Nous prions pour vous, pour que tous les composants de votre société entendent cette voix de Jésus et que reviennent ainsi la paix et la communion."

Question: Que fait Jésus dans le laps de temps entre sa mort et sa résurrection? Et puisque dans le Credo, on dit que Jésus, après la mort, est descendu aux Enfers, pouvons-nous penser que cela nous arrivera à nous aussi, après la mort, avant de monter au Ciel?" (Question venant d’Italie)

Réponse: "Tout d’abord, cette descente de l’âme de Jésus ne doit pas être imaginée comme un voyage géographique, local, d’un continent à l’autre. C’est un voyage de l’âme. Nous ne devons pas oublier que l’âme de Jésus touche toujours le Père, qu’elle est toujours en contact avec le Père, mais qu’en même temps, cette âme humaine s’étend jusqu’aux dernières frontières de l’être humain. C’est pourquoi elle va en profondeur, jusqu’à ceux qui sont égarés, vers tous ceux qui ne sont pas arrivés au but de leur vie et elle transcende ainsi les continents du passé. Ce passage de la descente de Jésus aux Enfers veut surtout dire que même le passé est rejoint par Jésus. Il embrasse le passé et tous les Hommes de tous les temps. Les Pères disent, avec une image très belle, que Jésus prend Adam et Eve par la main, c’est-à-dire l’humanité, et la guide en avant, la guide vers le haut. Et il crée ainsi l’accès à Dieu, parce que l’Homme, par lui-même, ne peut atteindre la hauteur de Dieu. Lui-même, en étant Homme, en prenant l’Homme par la main, ouvre l’accès.

Qu’ouvre-t-il? La réalité que nous appelons le Ciel. C’est pourquoi cette descente aux Enfers, c’est-à-dire dans les profondeurs de l’être humain, dans les profondeurs du passé de l’humanité, est une partie essentielle de la mission de Jésus, de sa mission de Rédempteur et ne s’applique pas à nous. Notre vie est différente. Nous sommes déjà rachetés par le Seigneur et nous arrivons devant le visage du Juge, après notre mort, sous le regard de Jésus. Ce regard sera purifiant, d’une part, car je pense que tous, dans une plus ou moins grande mesure, nous aurons besoin de purification. Le regard de Jésus nous purifie et, ensuite, nous rend capables de vivre avec Dieu, de vivre avec les saints, de vivre surtout en communion avec les personnes qui nous sont chères et qui nous ont précédés."

Question: "Quand les femmes arrivent au tombeau, le dimanche suivant la mort de Jésus, elles ne reconnaissent pas le maître et le prennent pour un autre. Et il en va de même pour les apôtres: Jésus doit montrer ses plaies, rompre le pain pour être reconnu précisément par ses gestes. Il est un vrai corps de chair, mais aussi un corps glorieux. Le fait que son corps ressuscité n’ait pas les mêmes traits que celui d’avant, que cela signifie-t-il? Que signifie exactement corps glorieux? Et la Résurrection sera-t-elle ainsi pour nous?" (Question venant d’Italie)

Réponse: "Naturellement, nous ne pouvons définir le corps glorieux parce qu’il est au-delà de nos expériences. Nous pouvons seulement enregistrer les signes que Jésus nous a donné pour comprendre au moins un peu dans quelle direction nous devons chercher cette réalité. Premier signe: le tombeau est vide. En fait, Jésus n’a pas laissé son corps se corrompre. Il nous a montré que même la matière est destinée à l’éternité, qu’il est réellement ressuscité, que rien n’est perdu. Jésus a pris aussi la matière avec lui et, ainsi, la matière a aussi la promesse de l’éternité.

Mais ensuite, il a endossé cette matière dans une nouvelle condition de vie et ceci est le second point: Jésus ne meurt plus, il est en fait au-dessus des lois de la biologie, de la physique parce que l’on meurt si l’on est soumis à elles. Il existe donc une nouvelle condition, différente, que nous ne connaissons pas, mais qui se montre en Jésus. C’est la grande promesse pour nous tous d’un monde nouveau, d’une vie nouvelle vers laquelle nous sommes en marche. Et dans ces conditions, Jésus a la possibilité de se laisser toucher, de donner la main aux siens, de manger avec eux, tout en restant cependant au-dessus des conditions de la vie biologique telle que nous la vivons. Nous savons, d’une part, qu’il est un vrai homme, non un fantôme, vivant une vraie vie, mais une vie nouvelle qui n’est plus soumise à la mort et qui est notre grande promesse. Il est important de comprendre cela, dans la mesure du possible, pour l’Eucharistie.

Dans l’Eucharistie, le Seigneur nous donne son corps glorieux. Il ne nous donne pas sa chair à manger au sens biologique. Il se donne lui-même, nouveauté qu’il est. Il entre dans notre ’être humains’, dans notre ’être personnes’ et dans mon ’être personne’, en tant que personne, et il nous touche intérieurement avec son être, de façon à ce que nous puissions nous laisser pénétrer par sa présence, transformer en sa présence.

C’est un point important, car nous sommes ainsi déjà en contact avec cette nouvelle vie, ce nouveau type de vie, étant lui entré en moi, et moi sorti de moi et qui m’étends vers une nouvelle dimension de vie. Je pense que cet aspect de la promesse, de cette réalité qu’il se donne à moi et me tire en dehors de moi, en hauteur, est le point le plus important. Il ne s’agit pas d’enregistrer des choses que nous ne pouvons pas comprendre, mais d’être en chemin vers la nouveauté qui commence, toujours, de nouveau, dans l’Eucharistie."

Question: "Sous la croix, nous assistons à un dialogue touchant entre Jésus, sa mère et Jean, dans lequel Jésus dit à Marie: ’Voici ton fils’, et à Jean: ’Voici ta mère’. Dans votre dernier livre, ’Jésus de Nazareth’, vous définissez cela comme ’la dernière volonté de Jésus’. Comment devons-nous comprendre ces paroles? Quel sens avaient-elles à ce moment et quel sens ont-elles aujourd’hui? Et à propos de confiance, avez-vous à cœur de renouveler une consécration à la Vierge, au début de ce troisième millénaire?"

Réponse: "Ces paroles de Jésus sont surtout un acte très humain. Nous voyons Jésus comme un vrai homme qui pose un acte d’homme, un acte d’amour pour sa mère en confiant sa mère au jeune Jean pour qu’elle soit en sécurité. Une femme seule, en Orient, à cette époque, était dans une situation impossible. Il confie sa maman à ce jeune homme et lui donne sa mère. Jésus agit ainsi vraiment comme un homme avec un sentiment profondément humain. Cela me semble très beau, très important, qu’avant toute théologie, nous voyons ici la vraie humanité, le vrai humanisme de Jésus. Mais naturellement, ce geste prend différentes dimensions et ne concerne pas seulement ce moment, mais toute l’histoire. Jésus nous confie tous avec Jean, toute l’Eglise, tous ses futurs disciples, à sa mère et sa mère à nous. Et cela s’est réalisé au cours de l’histoire: l’humanité et les chrétiens ont davantage compris que la mère de Jésus est leur mère. Et ils se sont davantage confiés à sa Mère: pensons aux grands sanctuaires, pensons à cette dévotion pour Marie où les gens entendent toujours plus ’Voici ta Mère’. Et certains qui ont du mal à accéder à Jésus dans sa grandeur de fils de Dieu, se confient sans difficulté à sa Mère.

On peut dire: "Mais cela n’a aucun fondement biblique! ". Je répondrai ici avec saint Grégoire le Grand: "C’est en lisant -a-t-il dit- que grandissent les paroles de l’Ecriture". En fait, elles se développent dans la réalité, grandissent, et cette Parole se développe toujours plus dans l’histoire. Nous voyons comment nous pouvons être tous reconnaissants parce que notre Mère existe réellement, une mère qui nous a été donnée à tous. Nous pouvons aller avec une grande confiance vers cette Mère qui est, pour chaque chrétien, sa Mère. D’autre part, cette Mère représente aussi l’Eglise. Nous ne pouvons pas être chrétiens tout seuls, avec un christianisme construit à notre idée. La Mère est l’image de l’Eglise, de l’Eglise-Mère, et en nous confiant à Marie, nous devons aussi nous confier à l’Eglise, vivre l’Eglise, être l’Eglise avec Marie.

Et j’en arrive ainsi au point de la consécration: les papes, que ce soit Pie XII, Paul VI ou Jean-Paul II, ont fait un grand acte de consécration à la Vierge et, il me semble que, comme geste devant l’humanité, devant Marie elle-même, c’était un geste très important. Je pense que maintenant, il est important d’intérioriser cet acte, de nous laisser pénétrer, de le réaliser en nous-mêmes. C’est pourquoi, je me suis rendu dans quelques grands sanctuaires mariaux dans le monde: Lourdes, Fatima, Czestochowa, Altötting, etc, toujours avec cette idée de concrétiser, d’intérioriser cet acte de consécration pour qu’il devienne réellement notre acte. Je pense que l’acte grand, public, a été fait. Peut-être, un jour, sera-t-il nécessaire de le répéter, mais aujourd’hui, il me semble plus important de le vivre, de le réaliser, d’entrer dans cette confiance pour qu’elle soit réellement nôtre.

Par exemple, à Fatima, j’ai vu combien les personnes présentes sont réellement entrées dans cette confiance, se sont confiées, ont concrétisé en elles-mêmes, pour elles-mêmes cette confiance. C’est ainsi qu’elle devient réalité dans l’Eglise vivante et c’est aussi comme cela que grandit l’Eglise.

La confiance commune à Marie, le fait de nous laisser tous pénétrer par sa présence et former, entrer en communion avec Marie, nous rend Eglise, nous fait devenir, avec Marie, réellement cette épouse du Christ. Je n’ai donc pas l’intention pour le moment de faire une nouvelle consécration publique, mais je voudrais vous inviter davantage à entrer dans cette confiance déjà posée, pour qu’elle soit une réalité vécue par nous, chaque jour, et que grandisse ainsi une Eglise vraiment mariale qui est Mère, Epouse et Fille de Jésus."

 

 

 

 

Les pères synodaux ont transmis 44 propositions à Benoît XVI

Au terme du Synode des évêques pour le Moyen-Orient, au Vatican, les pères synodaux ont appelé les chrétiens de la région “à ne pas céder à la tentation de vendre leurs propriétés immobilières“ en dépit des difficultés économiques. C’est ce qu’a indiqué une version “officieuse“ des propositions transmises à Benoît XVI, publiée le 23 octobre après 2 semaines de travaux sur la communion et le témoignage de l’Eglise catholique dans la région.

Dans ces 44 propositions finales, réparties selon 3 thèmes – la présence chrétienne au Moyen-Orient, la communion ecclésiale et le témoignage chrétien – patriarches et évêques reviennent aussi sur les problématiques liées au mariage des prêtres, à la “blessure“ de l’émigration, au dialogue interreligieux, à l’œcuménisme ou à la liturgie.

La tentation de vendre
Partant du principe que “l’attachement à la terre natale“ est “essentiel“ pour l’identité des chrétiens, les patriarches et évêques exhortent ainsi leurs fidèles et les communautés ecclésiales “à ne pas céder à la tentation de vendre leurs propriétés immobilières“. Un comportement courant en particulier dans la partie musulmane de Jérusalem.
   Soucieux d’aider les chrétiens qui se trouvent dans des “situations économiques difficiles (…) à garder leurs terres ou à en acquérir de nouvelles“, les ‘pères synodaux’ proposent alors “la création de projets économiques“ permettant “aux propriétaires de demeurer chez eux dignement et d’essayer de récupérer ceux qui sont perdus et confisqués“. “De même, rappellent-ils, il faut préserver les propriétés et les biens de l’Eglise et de ses institutions“.

Prêtres mariés
La question des prêtres catholiques orientaux mariés fait aussi l’objet d’une proposition. Rappelant que “le célibat ecclésiastique est estimé et apprécié toujours et partout dans l’Eglise catholique, en Orient comme en Occident“, les prélats demandent toutefois, dans l’intérêt des fidèles, “d’étudier la possibilité d’avoir des prêtres mariés en dehors du territoire patriarcal“ des Eglises d’Orient.

Le jour même de la parution de ces propositions, Mgr Cyrille Salim Bustros, président de la Commission pour le message final du synode, s’est appuyé sur l’exemple des membres du clergé anglican déjà mariés qui peuvent désormais revenir dans l’Eglise catholique grâce à la Constitution apostolique Anglicanorum Coetibus publiée en novembre 2009.

Au vu de la “nouvelle situation créée en Occident“ par ce document pontifical et dans un souci “d’égalité“ avec les anglicans, le prélat a demandé une modification “des actuelles directives du Saint-Siège en la matière qui imposent le célibat aux prêtres orientaux qui se trouvent en mission pastorale hors de leur territoire“.

Le martyre des chrétiens
Dans un passage consacré au “partage de la Croix“, les ‘pères synodaux’ espèrent “attirer l’attention du monde entier sur la situation dramatique de certaines communautés chrétiennes au Moyen-Orient, qui souffrent de toutes sortes de difficultés, allant parfois jusqu’au martyre“. Et de demander “aux instances nationales et internationales un effort spécial pour mettre fin à cette situation de tension, en rétablissant la justice et la paix“.

Comme dans le message final du Synode, ils leur demandent par ailleurs d’inciter “les autorités civiles responsables à appliquer les résolutions des Nations unies concernant la région, en particulier le retour des réfugiés et le statut de Jérusalem et des Lieux Saints“.

Dialogue interreligieux
Le dialogue entre les chrétiens du Moyen-Orient et “leurs concitoyens des autres religions“ constitue bien sûr l’un des thèmes récurrents de ces propositions, qui invitent, notamment “à la purification de la mémoire, au pardon mutuel du passé et à la recherche d’un meilleur avenir commun“. Plus concrètement, les patriarches et évêques de la région souhaitent que “dans la vie de chaque jour“, les fidèles des 3 religions monothéistes cherchent “l’acceptation mutuelle malgré les différences“ et forment “une société nouvelle où le pluralisme religieux est respecté et où le fanatisme et l’extrémisme seront exclus“.

“Nous refusons l’antisémitisme et l’antijudaïsme“, affirment les prélats, soucieux cependant de faire une distinction entre “religion et politique“. Concernant le dialogue avec l’islam, les pères synodaux jugent “important de promouvoir la notion de citoyenneté, la dignité de la personne humaine, l’égalité des droits et des devoirs et la liberté religieuse comprenant la liberté du culte et la liberté de conscience“. Pour donner “au monde l’image d’une rencontre positive et d’une collaboration fructueuse“, chrétiens et musulmans doivent “découvrir leurs valeurs religieuses respectives“ et s’opposer “ensemble à tout genre de fondamentalisme et de violence au nom de la religion“.

Respect des migrants
“L’émigration est une blessure, une perte pour tous, pas que pour les chrétiens“, a assuré à la presse Mgr Joseph Soueif, archevêque de Chypre des maronites, à la veille de la clôture du synode. Et de fait, les migrations de chrétiens depuis et vers le Moyen-Orient font l’objet de plusieurs propositions, dont celle de “créer un bureau ou une commission chargée de l’étude du phénomène migratoire et de ses motivations pour trouver les moyens de le contrecarrer“. S’ils souhaitent “éduquer les chrétiens de l’émigration à garder la fidélité à la tradition de leurs origines“, les responsables du synode sont surtout préoccupés par le respect des “droits fondamentaux des immigrés“ au Moyen-Orient, “quelles que soient leur nationalité et leur religion“.

Pour une bonne communion
Afin de “consolider“ la communion au sein de l’Eglise catholique, les ‘pères synodaux’ recommandent la création “d’une commission de coopération entre les hiérarques catholiques du Moyen-Orient, chargée de promouvoir des stratégies pastorales communes“. Ces responsables doivent particulièrement avoir “une position pastorale commune“ vis-à-vis des “nouveaux mouvements ecclésiaux de tradition occidentale, de plus en plus présents“, qui doivent quant à eux œuvrer “en union avec l’évêque du lieu, et selon ses directives pastorales“.

Au niveau œcuménique, une nouvelle fois au cours de ce synode, le souhait d’une “traduction arabe commune du Notre Père et de l’unification de la date de Noël et de Pâques“ apparaît dans les propositions.

Enfin, les ‘pères synodaux’ se sont montrés conscients que leurs fidèles souhaitent une liturgie plus accessible. “Il serait important et utile, écrivent-ils dans l’une des 44 propositions, de renouveler les textes et les célébrations liturgiques, là où il y a besoin, afin qu’ils répondent mieux aux besoins et aux attentes des fidèles sur la base d’une connaissance de plus en plus approfondie de la tradition et adaptée au langage d’aujourd’hui et aux catégories d’âge“.

 

Mgr Rino Fisichella s’est réjoui de l’organisation d’un Synode sur la nouvelle évangélisation. Celui-ci aura lieu en 2012.

Au lendemain de l’annonce par Benoît XVI de la future tenue d’un Synode des évêques sur la nouvelle évangélisation, Mgr Rino Fisichella a qualifié cette initiative de « grande merveille », et a fait part de son « grand étonnement face à l’importance que le pape réserve à ce thème ».

Interrogé par Radio Vatican le 25 octobre, le président du tout nouveau Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation a en outre estimé que le moment était venu de « donner une réponse positive » à la sécularisation, qui, à ses yeux, ne touche pas seulement l'Église, mais aussi la culture. Le prélat a aussi confié que de nombreux laïcs seraient présents au Synode.

 
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